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« Lassé de tout, Andrew Blake quitte l’Angleterre et se fait embaucher comme majordome en France, au Domaine de Beauvillier. Confronté à de surprenantes personnalités, lui qui croyait en avoir fini avec l’existence va être obligé de tout recommencer… »

Comme tous les romans lus de Gilles Legardinier, j’ai apprécié l’humanité qui se dégage au fil des pages. Gilles Legardinier dresse avec simplicité et précision autant le décor que le portrait de chacun des acteurs de son roman. L’histoire est cousue de fil blanc, car l’on devine aisément le happy-end mais , ce qui fait la beauté de ce livre n’est pas tant le fil rouge mais davantage le plaisir de voir évoluer cette galerie de personnages au passé différent converger vers une amitié qui transcende l’origine sociale, le milieu culturel ou même la valeur du compte en banque. Ce livre nous parle d’émotions: celle éprouvée par chacune des générations qui se rencontrent. Ce livre est une belle leçon d’humanité car il nous fait réaliser qu’au delà de nos différences, il est possible de vivre ensemble si l’on veut bien essayer. Non, tout n’est pas rose bonbon ici bas mais mais cela fait du bien de lire quelque chose qui ramène un peu le sourire aux lèvres et un peu de baume au coeur en se disant qu’il est absolument nécessaire et bon de faire ressortir la part d’humanité dans les rapports entre les uns et les autres. Ce livre parle aussi de ceux et à ceux qui veulent recommencer leur vie ailleurs ou lui faire prendre un autre chemin.

J’ai aimé suivre chaque personnage à travers ses démons et ses envies, ses espoirs et ses doutes. L’amitié naissante entre les différents protagonistes semble tellement sincère, au-delà des clivages car chacun apprend à écouter l’autre et partage avec lui. L’individualisme n’est pas de mise car il favoriserait aigreur et méchanceté.  Cette moralité très idéaliste est tellement d’actualité aujourd’hui.

Entre Madame, vieille aristocrate mystérieuse et recluse dans ses appartements, la cuisinière vieille fille qui est raide dingue de « son chat » et légèrement susceptible, le régisseur pété du casque qui vit dans une cabane au fond du jardin de la propriété et un protagoniste, vieil Anglais espiègle qui quitte tout pour fuir l’ennui de sa vie depuis le décès de son épouse et sa fille partie au loin, on n’a pas envie de lâcher le livre.

J’ai ri, j’ai frémi, j’ai éprouvé de la colère aussi. Rares sont les livres qui provoquent autant de sentiments à la fois. Cela souligne tout simplement la qualité d’écriture de l’auteur. On regrette presque d’en arriver à la fin car, au bout des 418 pages, on a la sensation d’avoir laissé quelque part une poignée d’amis qu’on est sûr de ne plus revoir. Et on éprouve un peu de tristesse…en attendant un autre livre…et une autre histoire tout aussi (sur)prenante.

Quelques phrases tirées du livre:

  • Madame à Andrew Blake: « Avez-vous peur de la mort, monsieur Blake« –  Réponse de Andrew Blake à Madame   « Je ne crois pas, mais je déteste l’effet qu’elle a sur la vie »     (page 307)
  • Andrew Blake: « Tu vas être étonné, Yanis, reprit-il, mais les deux fossiles que tu as devant toi ont aussi été des petits garçons. A ton âge, on faisait des bêtises, pareil. Nos mères nous grondaient. On n’aimait pas les légumes. On cachait nos larmes quand on s’était pris une raclée, on faisait les fiers. On avait aussi des rêves et beaucoup d’illusions. Exactement comme toi. Et laisse-moi te confier un secret qui peut te faire gagner beaucoup de temps : les rêves te font avancer et grandissent avec toi. Ils t’élèvent. Par contre, tu dois perdre tes illusions au plus vite. Les illusions t’empêchent de voir la vie telle qu’elle est et conduisent immanquablement à l’échec. Quand tu dis que tu as des tas de copains et que tu as la vie devant toi, crois-moi, c’est une illusion. »